Exposé déclencheur pour le Séminaire théorique du mouvement mondial des femmes pour la libération de la femme (3e jour)

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Monika Gärtner-Engel et Halinka Augustin, Novembre 2018

Chères amies, chères camarades,

Je vais lire un exposé commun de Monika Gärtner-Engel, ancienne coordinatrice d’Europe et conceptrice de la Conférence mondiale des femmes et de ce séminaire, et de moi. Monika est aussi co-auteure du livre « Nouvelles perspectives pour la libération de la femme », qui est entre-temps traduit en sept langues et étudié et discuté dans de nombreux pays de la terre. Malheureusement, elle ne peut pas participer personnellement, mais elle nous envoie des salutations cordiales et nous souhaite beaucoup de succès. Bien qu’elle ne puisse pas être présente, nous lui avons demandé de participer à cet exposé déclencheur à ce sujet qui est aussi celui du livre mentionné. Je vais donc vous la lire maintenant :

Chères amies et camarades,

Le mouvement international combatif des femmes s’est indéniablement fortifiée durant ces dernières années et a obtenu par la lutte de grands acquis et des progrès importants,

Jetons un regard rien que sur les mois passés :

  • Depuis le mois de juillet, des milliers d’ouvrières de You Li international au Cambodge sont en lutte. Des cadences plus courtes exacerbent les conditions de travail – quand tu n’es pas conforme aux exigences, on te réduit le salaire, et cela s’applique même aux femmes enceintes.
  • Au Swaziland, le 18 septembre, 10.000 ouvrières et ouvriers de cinq usines du textile sont entrés en grève pour une amélioration des salaires et des conditions de travail – en dépit d’attaques violentes par la police.
  • En Indonésie, des milliers d’ouvrières de l’usine de vêtements PT II Jin Sun sont en grève depuis fin septembre, parce qu’elles n’ont pas reçu de salaire pendant plusieurs mois.
  • En Myanmar, des ouvrières du textile ont fait grève pour de meilleures conditions de travail pendant deux mois. Les revendications ont été satisfaites en grande partie. Mais la direction a appelé des bandes d’agresseurs. Depuis, les femmes organisent un camp de protestation devant l’usine.
  • Fin octobre, 3 000 ouvrières de l’usine de vêtements Ivory Vietnam ont fait grève contre l’excès d’équipes supplémentaires, des primes trop faibles et les repas trop chers de la cantine.

Conclusion : de plus en plus de femmes font partie du prolétariat industriel international et de la classe ouvrière. Elles constituent l’épine dorsale du mouvement combatif des femmes, avec en première ligne le grand nombre des ouvrières du textile dans le monde.

Dans beaucoup d’autres branches aussi, des femmes travailleuses luttent pour de meilleurs salaires et la reconnaissance de leur travail. Le mouvement syndical des femmes se renforce :

  • En novembre, 4.500 employés, pour la plupart des femmes, des hôtels Mariott aux États-Unis, ont fait grève pour « Un job, ça devrait suffire », mais aussi pour la sécurité au travail, et surtout pour la protection contre le harcèlement sexuel.
  • Les ouvrières du thé au Sri Lanka n’ont pas seulement paralysé pour un jour toutes les plantations de thé dans la plus grande aire de production, mais aussi toute la circulation de la ville. Elles ont lutté pour des salaires qui leur permettent de nourrir leurs familles.
  • Dans l’État fédéral indien Tamil Nadu, des milliers d’aides au repas de midi sont entrées dans une grève illimitée, en commençant par le blocage d’une rue. Elles ont réclamé de plus hauts salaires, la protection de la maternité et une assurance retraite.
  • Le personnel soignant, les sages-femmes et les infirmières sont en lutte aux Pays-Bas et en Espagne, ils ont fait grève pendant 12 semaines avec le syndicat ver.di aux cliniques universitaires d’Essen et de Düsseldorf en Allemagne. Et il y a eu des manifestations dans 13 villes de la Nouvelle-Zélande.
  • 40 000 employés en Californie, dont 8 000 – surtout des femmes – des jardins d’enfants et des écoles primaires ont fait grève pendant 2 jours à Glasgow/Écosse.
  • En septembre, 20 000 femmes ont manifesté à Berne/Suisse pour l’égalité des salaires.
  • Le 2 novembre, une journée coordonnée a eu lieu chez Google en Asie, en Europe et en Amérique du Nord pour lutter contre la discrimination et le sexisme sur le lieu du travail.

Le mouvement combatif des femmes milite sur toute l’étendue des questions de la vie et du travail : les salaires, les retraites, la pauvreté, la garderie des enfants, les soins de santé et notamment le maintien et la protection de l’environnement naturel sont les points focaux.

  • La lutte contre la violence faite aux femmes est devenue l’objet de protestations des masses. Sous le slogan « #NiUnaMenos », « #Pas une (femme) de moins », un demi-million était dans la rue, d’abord en Argentine, ensuite dans les pays voisins et dans toute la région. Toutes les 30 heures, une femme meurt de violence à domicile, mais en Allemagne aussi, c’est toujours une femme toutes les 58 heures.
  • Avec le slogan #MeToo, on a mis à jour tout un système d’abus sexuels derrière la façade glamoureuse d’Hollywood, mais aussi dans le Parlement européen et ailleurs, et on a réclamé publiquement des conséquences.
  • Dans tous les pays du monde, des millions de femmes luttent pour leur droit à l’IVG (interruption volontaire de la grossesse) autodéterminée. Les protestations massives ont infligé des défaites importantes au gouvernement ultraréactionnaire PiS en Pologne (en 2016) ainsi qu’au gouvernement fasciste d’Erdogan en Turquie.

De plus en plus, les luttes se politisent, elles visent la politique de gouvernements de droite, le fascisme et la guerre :

  • Avec plus de 5 millions de participants, la « Women’s March », la Marche des femmes contre le Président misogyne des États-Unis, Trump, contre le sexisme et le racisme, s’est révélée la plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis depuis les protestations contre la guerre du Vietnam.
  • En Turquie, les « mères du samedi » manifestent depuis 714 semaines pour l’éclaircissement des crimes dont leurs enfants sont devenus les victimes.
  • En Iran, des luttes fortes des travailleurs sont liées à la lutte politique contre le régime fasciste. Des femmes y participent courageusement et dénoncent la contrainte de porter le voile.
  • Au Brésil, des centaines de milliers de femmes manifestent contre le nouveau Président fasciste et extrêmement misogyne, Bolsonaro.

Les mouvements les plus remarquables sont ceux qui ne s’élèvent pas seulement contre les problèmes qu’ont créés le capitalisme et le féodalisme, mais qui attaquent le système entier de la double exploitation et oppression de la masse des femmes et qui réclament et représentent eux-mêmes des alternatives sociétales.

  • Le mouvement Banghor, dirigé entre autres par Sharmista, lutte pour des terres, pour les bases d’existence, pour l’écologie et la protection de l’environnement.
  • Nous avons vu comment au Rojava des unités de défense, composées de femmes, ont été en tête dans la lutte pour la libération de Daesh fasciste, et qui n’ont pas « seulement » empêché un recul de leurs forces, mais ont fait aussi des pas importants en avant vers la libération de la femme, la démocratie et la liberté.
  • Nous jetons un regard fier sur deux Conférences mondiales des femmes de la base. Des femmes de quatre continents, auto-organisées et autofinancées, se sont échangées et concertées sur une base démocratique et non affiliée à un parti, ouvertes pour une société libérée. Nous sommes devenues un mouvement mondial des femmes.
  • De nombreuses organisations révolutionnaires se sont créées, renforcées et associées comme par exemple dans l’ICOR, qui ont fait de la libération des femmes leur mission.

 

Chères femmes,

Lorsque j’ai dit que nous avons grandi et sommes devenues un mouvement mondial des femmes, il n’y a pas pour autant de raison de suffisance.

  • Nous avons des conférences merveilleuses – mais la véritable coopération durable, continuelle et pratique, la coordination et la coopération ne se sont développées que dans certains cas, comme dans la solidarité avec Joly ou Sharmista. Mais en fait, cette solidarité est l’indicateur !
  • Nous avons élu des femmes merveilleuses – mais en réalité, ce ne sont que quelques-unes qui travaillent vraiment de façon continuelle et responsable.
  • Il est bien vrai que le travail dans son propre pays est la base du processus mondial. Mais dans la dialectique du travail national et du travail international, il faudra décidément investir plus dans le travail international. Car notre ennemi est un système impérialiste mondial hautement organisé.
  • Face à toute l’auto-confiance accrue et une vaste étendue de luttes des femmes, il existe en même temps encore une grave sous-estimation de l’orientation nécessaire de ce mouvement sur le changement sociétal, en tant qu’école d’une lutte qui a comme perspective des sociétés libérées, le socialisme et le communisme.

Le mouvement des femmes doit apprendre à se rendre compte de l’exploitation et oppression particulières de la masse des femmes comme endémiques dans ce système et fermement enracinées dans le capitalisme et l’impérialisme, et pour cela à devenir une partie intégrante d’un mouvement de transformation sociétale.

Tant que le capitalisme existe – et c’est aujourd’hui le cas dans tous les pays de la terre – ses lois inhérentes font leur effet : Il ne se réduit pas à l’exploitation du travail salarial. C’est une explication réformiste, qui ne réclame qu’une solution de répartition plus juste à l’intérieur du système.

Non. Le capitalisme est dès le départ basé d’une part sur l’unité inséparable de l’exploitation de l’homme et de la nature, et d’autre part sur l’ordre bourgeois de l’État et de la famille. Ce sont deux faces d’une même médaille.

La base sociétale de la libération de la femme ne peut être créée que par une solution révolutionnaire. Une révolution qui impose une autre ligne directrice pour le travail et la vie dans la société : au lieu de l’exploitation de l’homme et de la nature, la domination par une minorité minuscule sur la majorité de la société, la double exploitation et l’oppression de la masse des femmes, – elle va vers une vie en harmonie avec l’homme et la nature, la libération de la femme et un avenir pour la jeunesse. L’oppression sera exercée seulement contre la minorité minuscule qui veut rétablir les anciennes conditions d’exploitation, bellicistes, patriarcales et destructrices de l’environnement.

 

Chères amies, chères camarades,

La lutte pour la libération de la femme dure déjà depuis des milliers d’années. Car il y a toujours eu des femmes qui ne se sont pas résignées à subir leur discrimination. Mais jamais dans l’histoire de l’humanité, il n’y a eu des conditions préalables aussi bonnes qu’aujourd’hui pour réaliser, mondialement organisées, nos objectifs et nos rêves. Car la libération de la femme suppose aussi des conditions sociétales d’une haute productivité du travail qui rendent possibles travail, nourriture, formation, santé, coexistence humaine, culture et engagement sociétal et des relations fondées sur l’amour. Et cela sans une famille comme unité économique basée sur la contrainte financière, et sans un retour romantique vers les conditions sociétales de la société primitive.

Des révolutions ont servi de locomotives à la lutte pour la libération de la femme. En 1871, la Commune de Paris a atteint les premières approches de la libération de la femme ; les femmes sont montées sur les barricades avec les mêmes droits que les hommes. Il y a 101 ans, qu’eut lieu en Russie la révolution socialiste d’Octobre, qui a imposé les droits des femmes dans une mesure dont de nombreux pays de la terre rêvent encore aujourd’hui. Il y a 100 ans, qu’eut lieu en Allemagne la révolution de Novembre qui a terminé la 1ère Guerre mondiale, chassé l’Empereur allemand, et introduit la journée de huit heures et le droit de vote pour les femmes.

Ces faits historiques contredisent aussi toutes les conceptions mensongères selon lesquelles la libération de la femme serait une lutte uniquement des femmes. Au contraire, les plus grands succès pour les femmes ont été obtenus notamment en une association révolutionnaire tout en respectant l’autonomie du mouvement de la femme.

Une lutte ciblée exige une stratégie et une tactique ciblées, basées sur des fondements théoriques scientifiques.

Marx, Engels et Lénine ont été de grands maîtres à penser de la libération d’exploitation et d’oppression de la classe ouvrière et de la libération de la femme ! Ils ont dégagé l’identité fondamentale de la lutte révolutionnaire pour la libération de la classe ouvrière et de la lutte pour la libération de la femme.

1.Marx et Engels ont élaboré dans l’ouvrage « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État » la notion de la double production. Friedrich Engels écrivait dès 1884 :

« Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D’une part, la production de moyens d’existence, d’objets servant à la nourriture, à l’habillement, au logement, et des outils qu’ils nécessitent ; d’autre part, la production des hommes mêmes, la propagation de l’espèce. » (F. Engels, « L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État », Éditions sociales, Paris 1954, p.15)

Les facteurs décisifs dans la société sont ainsi toujours d’une part le niveau de l’évolution du travail (donc la production et reproduction de produits alimentaires, d’outils/machines, etc.), et d’autre part, de la famille (dans laquelle se joue la production et la reproduction de la vie humaine). Les deux sortes de production et reproduction sont liées inextricablement et de façon typique de chacune des différentes formes de société.

L’économie politique de Marx et d’Engels est caractérisée par le fait qu’ils révèlent et analysent les conditions et relations des hommes et des classes derrière les rapports de marchandises qui existent dans chaque société. La réduction de l’économie politique sur la production et reproduction dans le domaine du travail/des usines par contre est typique de l’économie politique capitaliste. Le capitaliste s’intéresse surtout à la production et la reproduction où se passe l’exploitation du travail salarié. Ce domaine est la source immédiate de ses profits maximaux. La vie humaine l’intéresse surtout en tant que source de nouvelle main-d’œuvre. Mais la responsabilité pour elle incombe au noyau familial bourgeois, et à l’intérieur de ce noyau à la femme.

Karl Kautsky et Eduard Bernstein, alors théoriciens du révisionnisme, se sont opposés à cette économie politique fondée par Marx et Engels. Ils ont nié la notion de la double production. Cette révision des fondements marxistes avait des motifs évidents, la réconciliation avec le système capitaliste. Un autre motif solide était le mode de vie personnel, mesquin, petit-bourgeois ou même bourgeois des dirigeants réformistes ou révisionnistes. Il reposait sur le travail des femmes soumises, qui géraient toute la vie, élevaient les enfants et adoraient autant que possible leurs maris vaniteux.

La notion de la double production a cependant aussi été évincée dans le mouvement communiste. La critique du capitalisme était réduite à la critique de l’exploitation du travail salarié dans les entreprises. Ce qui entraîna des tendances économistes dans le mouvement ouvrier à ne s’occuper que des conditions du salaire et du travail. L’ensemble des rapports sociétaux, l’ordre bourgeois de l’État et de la famille, tendait à être maintenu. Ce qui a conduit à abandonner la lutte pour la libération de la femme comme position fondamentale révolutionnaire, à la réduire à l’égalité en droits ou à l’implication des femmes dans la production.

Souvent, cela a été lié à l’attitude de traiter l’exploitation du travail salarié comme « contradiction principale » et la question de la femme comme « contradiction secondaire ». La résolution de la soi-disant contradiction secondaire a alors été volontiers repoussée à des conditions socialistes futures.

 

  1. La double exploitation de la masse des femmes salariées :

Comme effet du féminisme petit-bourgeois, l’opinion est répandue que la femme serait exploitée premièrement par le capitaliste dans l’entreprise et deuxièmement par le mari et le travail non payé dans la famille. Cependant, le travail pour la famille n’est pas une exploitation capitaliste, parce qu’on ne produit pas pour l’échange, mais pour son propre besoin.

Le marxisme dévoile la réalité sociétale : La double exploitation de la masse des femmes consiste premièrement dans l’exploitation à laquelle l’ouvrière faisant partie de l’ensemble de la classe ouvrière est soumise, et deuxièmement dans le classement de sa main-d’œuvre comme encore inférieure à celle de son collègue masculin. Le capitaliste évalue la main-d’œuvre des femmes comme inférieure, car selon l’ordre bourgeois de la famille, du fait de leur responsabilité principale pour l’éducation des enfants et pour les travaux ménagers et familiaux, il n’en dispose pas dans la même mesure pour l’exploitation que de la main-d’œuvre masculine. C’est un fait dans le monde entier : les femmes reçoivent des salaires 20 à 30 pourcent inférieurs à ceux des hommes ; en Allemagne aussi, c’est 23 pourcent de moins.

Dans le livre : « Nouvelles perspectives pour la libération de la femme », nous avons écrit :

« La cause réelle tant de l’exploitation des ouvriers salariés que de la double exploitation de la masse des femmes salariées réside dans le travail salarié capitaliste. C’est seulement si l’on ne produit plus pour le profit mais pour satisfaire les besoins de la société que peut disparaître la différence entre l’appréciation du travail de production social et celle du travail ménager privé. La critique non scientifique et petite-bourgeoise de la double exploitation de la femme aboutit à diviser les hommes et les femmes et nie la nécessité de surmonter le capitalisme et d’abolir la famille comme unité économique et l’organisation privée de la vie humaine. » (p. 48)

 

 

  1. L’oppression particulière concerne toutes les femmes, pas seulement les ouvrières. L’oppression particulière de la femme est même un élément essentiel de toute exercice du pouvoir dans les sociétés de classe basées sur l’exploitation et l’oppression. En font partie :
  • La responsabilité des femmes, inhérente au système, pour la gestion privée du ménage et de la famille, qui entraîne aussi une dépendance économique de l’homme.
  • Le contrôle de la sexualité et la violence faite aux femmes.
  • Tout un système de « chaînes de la morale bourgeoise » qui agissent par les traditions, les attributions de rôles, les religions, les conceptions de morale.
  • Une discrimination en raison du sexe.
  • Le sexisme comme méthode de la destruction de l’auto-confiance des femmes et des filles.

Toutes les femmes et filles sont frappées par l’oppression particulière dans la société, même si elles ne font pas partie de la classe ouvrière, que ce soit la travailleuse, la paysanne, la femme diplômée, l’élève, l’étudiante, ou encore la femme bourgeoise.

Ce fait est aussi la base pour l’apparition d’un mouvement de femmes autonome, combatif, qui inclut les femmes de toutes les classes et de toutes les couches.

La tendance à se limiter aux femmes prolétariennes est une erreur historique du travail parmi les femmes du mouvement communiste du passé, qui par ailleurs a réalisé tant de choses. Mais la négligence des femmes bourgeoises et petites-bourgeoises les a abandonnées à l’influence de la bourgeoisie. En Allemagne, elles sont devenues une base de masse essentielle pour le fascisme hitlérien. Et face au virement vers la droite dans le monde entier, c’est une leçon importante de l’histoire qui nous incite à renforcer le regroupement nécessaire du mouvement de la femme, large, non affilié à un parti et combatif. Cela aussi fait partie du fondement du succès de notre mouvement mondial des femmes.

  1. L’affirmation de l’égalité en droits entre homme et femme est devenue une des fictions centrales des sociétés capitalistes. Bien sûr, l’égalité formelle et juridique est un progrès historique immense obtenu par des luttes dures – cependant, entre les textes juridiques et la réalité existe un réel abîme. Ce n’est pas un hasard, mais à l’intérieur du système capitaliste, cela restera toujours ainsi, malgré toutes les luttes qui sont nécessaires.

C’est seulement dans une société socialiste qu’existent les conditions préalables pour la libération de la femme. Marx et Engels ont caractérisé ces conditions comme suit :

« Premièrement, une production sociale entièrement orientée sur la satisfaction des besoins des gens ;

deuxièmement, la participation sur un pied d’égalité de tous les membres de la famille – en fonction de leurs possibilités – à la production sociale ;

troisièmement, le rapport de dépendance économique entre les membres de la famille est éliminé ;

quatrièmement, la famille cesse d’être l’unité économique fondamentale sur laquelle se base toute vie personnelle, et

cinquièmement, les travaux ménagers et l’éducation des enfants deviennent des tâches publiques de la société. » (p. 222/224)

 

Dans la construction du socialisme en Union soviétique, on a réalisé une ample législation socialiste et une mobilisation de masse pour la libération de la femme – un progrès gigantesque dans l’histoire mondiale, avec la construction de jardins d’enfants, de crèches, de centres de lavage et d’ateliers de réparation. Les mariages étaient une affaire privée, il y avait des droits protégeant les femmes, une législation simple pour le divorce et un droit pénal sexuel progressiste. Il y avait un système étendu et diversifié de déléguées de femmes.

Dès le début de la construction du socialisme, une forte lutte sur le mode de pensée a fait rage, car il fallait surmonter des influences patriarcales et féodales. Il y a aussi eu des fautes comme la législation soviétique sur la famille en 1936 aux temps de Staline.

C’est en traitant en toute conscience des succès et des fautes et erreurs que naît la chance d’un nouvel essor qui anime la lutte pour la libération de la femme dans une société libérée. Le plaidoyer « Nouvelles perspectives pour la libération de la femme » en a tiré des leçons :

« La société socialiste ne peut faire de la libération de la femme une réalité par décrets. Il s’agit au contraire d’un processus révolutionnaire à plus ou moins long terme de transformation de la totalité des rapports de production et des conditions de vie dans la société. Il se trouve en interaction avec les changements des formes de conscience et des structures politiques, dans lesquels la dictature du prolétariat s’exprime concrètement à chaque fois. »  (p. 223)

 

Chères amies, chères camarades,

L’entrave principale dans le développement d’un large mouvement combatif est l’effet corrosif du système du mode de pensée petit-bourgeois ! Celui-ci se présente critique de la société, mais dans son orientation fondamentale anti-communiste, il agit dans le sens de conserver et de pérenniser le capitalisme et l’impérialisme. Le féminisme petit-bourgeois constitue une partie de ce système du mode de pensée petit-bourgeois.

Le féminisme critique l’inégalité sociétale réelle entre l’homme et la femme et y répond par la lutte entre les sexes. Il propage l’illusion que l’égalité sociétale serait accessible par la lutte contre la « domination des hommes ». C’est cela qui a rehaussé le féminisme petit-bourgeois pour les forces au pouvoir : elles l’ont intégré dans la société bourgeoise, répondant ainsi en apparence aux critiques justifiées, tout en les dirigeant dans le sens inverse, vers le maintien du système.

Le féminisme petit-bourgeois a rendu susceptible le mouvement des femmes du monde entier pour des efforts à l’intégrer dans les institutions bourgeoises. De nombreuses femmes militantes ont été absorbées par des organisations non gouvernementales (NGO) financées et dirigées par des institutions impérialistes.

Il s’agit d’« une contre-stratégie des dirigeants contre la lutte pour la véritable libération de la femme et contre la lutte de classes prolétarienne pour vaincre le système d’exploitation et d’oppression capitaliste. » (Nouvelles perspectives, p. 114)

Mais nous devons aussi être aux prises de façon critique et autocritique avec les influences du mode de pensée petit-bourgeois-féministe. Hier, nous avons entendu un exposé du mouvement de femmes kurde sur l’idéologie de la libération des femmes. Sans aucun doute, le mouvement kurde et leur dirigeant Abdullah Öcalan ont obtenu par leur lutte de grands succès sur la voie de la libération de la femme. Sans la part d’Öcalan, qui a développé ainsi la prise de conscience sur la question de la femme, avec des analyses, des textes et un travail de formation des masses ainsi qu’avec des mesures résolues de promotion des femmes par le mouvement entier, les grands succès de la révolution du Rojava n’auraient pas été possibles. Cependant, la théorie de la Jinéologie est quasiment la simple négation de l’affirmation économiste que la libération de la société pourrait être atteinte uniquement par l’élimination de l’exploitation des travailleurs.

Une des thèses clé du discours initial du mouvement kurde des femmes, publié sur internet, est : « La question de la femme comme conflit principal ». Elle est expliquée de la façon suivante : « Les femmes sont les plus opprimées de tous, race, nation ou classe. Toutes les autres formes d’esclavage ont été imposées sur la base de la réduction de la femme au rôle de ménagère. » Il tire la conclusion que : « les véritables révolutions doivent être féminines. » Mais en fait, le système capitaliste actuel ne repose pas « seulement » sur l’oppression des femmes, mais celle-ci est la contrepartie inséparable de l’exploitation du travail salarié. Les travailleuses et travailleurs sont en contradiction antagoniste à ce système, ils sont très organisés et la force la plus efficace, la force motrice dans la lutte contre l’impérialisme, la mieux organisée au niveau international et porteuse des forces productives modernes. Nier que la classe ouvrière, qui compte aujourd’hui autour de 3 milliards dans le monde, gagne de taille et d’importance et déclarer à la place « l’éveil de la femme comme la force sociétale motrice dans ce scénario historique », ce n’est pas seulement présomptueux, mais aussi non scientifique et loin de toute réalité.

Deuxièmement, on souligne dans ces thèses que « le dépassement de la virilité comme système doit être un principe fondamental du socialisme ». En se référant en plus à des classiques marxistes, on souligne dans la discussion qu’aujourd’hui, la femme représente le prolétariat et l’homme le capitaliste. C’est une falsification de l’analyse scientifique d’Engels. Il a écrit :

« La famille conjugale moderne est fondée sur l’esclavage domestique, avoué ou voilé, de la femme, et la société moderne est une masse qui se compose exclusivement de familles conjugales, comme d’autant de molécules. De nos jours, l’homme, dans la grande majorité des cas, doit être le soutien de la famille et doit la nourrir, au moins dans les classes possédantes ; et ceci lui donne une autorité souveraine qu’aucun privilège juridique n’a besoin d’appuyer. Dans la famille, l’homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du Prolétariat. » (L’origine de la famille de la propriété privée et de l’Etat (II.3) https://www.marxists.org/francais/engels/…/00/fe18840000h.htm

L’homme comme le bourgeois et la femme comme le prolétariat, se réfère donc à l’ordre familial bourgeois réactionnaire. Transposer cela aux conditions de la société entière ou au mouvement qui transforme la société, signifierait de prendre cet ordre réactionnaire de la famille pour modèle de toute la société. Cette thèse est surtout une prétention à diriger le mouvement des femmes, qui ne conduirait qu’à l’affaiblissement et à la division de tout le mouvement. La reconnaissance de cette analyse ne réduit nullement le rôle important stratégique des femmes pour la révolution, au contraire. Le mouvement des femmes doit être une grande force indépendante qui constitue un lien entre les mouvements.

 

Chères amies, chères camarades,

De tout cela émane la signification fondamentale de la dialectique dans le travail des femmes entre la construction révolutionnaire du parti et des organisations autonomes et mouvements, non affiliés à un parti, comme relation de base dans la lutte pour la libération de la femme. Le critère déterminant pour savoir si la prétention révolutionnaire de partis est vraiment réalisée aujourd’hui est de mesurer s’ils défendent la lutte pour la libération de la femme en paroles et en actes, si chaque membre – homme et femme – s’y engage en paroles et en actes, s’ils pratiquent une promotion systématique des femmes et s’ils qualifient des femmes qui assurent effectivement des fonctions dirigeantes.

Les organisations – et les mouvements – de femmes, par contre, ne sont réellement fortes que lorsque l’affiliation à des partis et la fragmentation sont surmontées et que toutes les forces s’unissent à un niveau non aligné sur des partis.

C’est pourquoi je suis très heureuse que ce séminaire soit devenu réalité. C’est une véritable nouveauté dans le mouvement combatif international des femmes, que ce sont – justement – les femmes de la base du monde entier qui ont fait ce pas !

Je vous souhaite beaucoup de succès et une discussion passionnante !